Intérêts composés
Juin 2026
Si les intérêts composés sont si puissants, pourquoi les utilisons-nous si peu ?
D'abord, comment fonctionnent-ils ? Les intérêts composés, c'est quand vos gains restent investis, s'ajoutent à votre capital, puis produisent eux-mêmes de nouveaux gains, ce qui fait croître votre capital de façon exponentielle plutôt que linéaire.
Si votre argent vous rapporte 7 % par an, il double tous les dix ans grâce aux intérêts composés. 7 % par an, c'est le rendement historique des actions sur longue période*. Placez 10 000 € à 25 ans : vous en aurez environ 150 000 à 65 ans. Placez-les à 35 ans : vous en aurez environ 75 000. Dix ans d'attente, c'est un quart du temps de placement en moins. C'est pourtant la moitié du résultat qui disparaît.
Le cerveau humain a du mal à appréhender les fonctions exponentielles. Pour s'y retrouver, il existe un raccourci : la règle de 72. Divisez 72 par votre taux de rendement, et vous obtenez le nombre d'années nécessaire pour doubler votre argent. 7 % ? Dix ans. 2 %, le rendement d'un livret ? Trente-six ans.
De nombreux investisseurs ont déjà fait la preuve de la puissance des intérêts composés, au premier rang desquels Warren Buffett. Pourtant, presque personne ne les met en pratique.
Prenez la France. Notre premier poste de dépense collective, c'est la retraite. Et la retraite est précisément le cas d'usage rêvé : un horizon de quarante ans pour faire travailler les intérêts composés. Qu'avons-nous choisi ? La répartition. Dans ce système, vos cotisations transitent : prélevées sur votre salaire, puis versées aux retraités actuels. Elles ne deviennent jamais du capital. Leur « rendement » implicite, c'est le taux de croissance de la masse salariale : en clair, la croissance des salaires plus celle de la population active. Dans un système par capitalisation, à l'inverse, une cotisation versée à 25 ans a quarante ans devant elle : à 7 % par an, un euro en vaudra quinze à 65 ans.
Et individuellement ? J'ai souvent vu une même personne passer des heures à économiser quelques euros, sur un billet de train, un forfait mobile ou une nuit d'hôtel ; et pas une minute à essayer de faire travailler les intérêts composés. D'un côté, il y a certes quelques euros d'économie mais de l'autre il y a potentiellement des centaines de milliers d'euros de pertes.
Alors comment bénéficier des intérêts composés pour notre épargne individuelle ?
D'abord, investir dans des actifs qui composent. Une entreprise réinvestit ses profits pour générer plus de profits : c'est une machine à intérêts composés. Un compte courant ne compose pas. Une voiture compose à l'envers.
Ensuite, investir au travers d'enveloppes qui capitalisent. En France, le PEA et l'assurance-vie permettent aux gains de se réinvestir sans frottement fiscal en cours de route. Chaque euro d'impôt différé est un euro qui continue de doubler.
Et enfin, négocier ses frais. Deux points de frais annuels, ça a l'air anodin : qui se bat pour 2 % ? Mais reprenez la règle de 72. À 7 %, vous doublez tous les dix ans. À 5 %, vous doublez tous les quatorze ans et demi. Concrètement : 100 000 € placés à 7 % pendant quarante ans deviennent environ 1,5 million ; à 5 %, environ 700 000. Les frais n'ont pas mangé 2 % de votre performance, ils en ont mangé plus de 50 %. Personne ne négocierait mollement s'il voyait les choses comme ça. Le problème, c'est que personne ne voit les choses comme ça.
Les intérêts composés ne demandent pas de talent. Ils demandent de commencer tôt et de ne pas s'interrompre.
Notes
* La performance annualisée du MSCI World Index à juin 2026 et depuis décembre 2000 est de 6,6 % (source).